Je ne cherche pas à savoir ce qui ne va pas. Je ne propose pas de solution. Je n’évalue pas le degré de fonctionnalité d’un être dans un système. Ce que j’écoute, c’est une adresse. Une tentative de dire, même maladroite, même silencieuse. Et ce que je reçois, ce n’est pas un trouble : c’est un sujet en prise avec son histoire, son lien, son insu.
Le symptôme n’est pas à supprimer
Ce qui se répète, ce qui encombre, ce qui déborde — tout cela n’est pas un dysfonctionnement à effacer. C’est une écriture. Une manière de dire quelque chose là où aucun mot ne tenait encore. Vouloir faire taire un symptôme trop vite, c’est souvent interrompre un processus plus ancien, plus profond, plus signifiant que ce qu’on imagine.
Le symptôme, je l’écoute comme un message encodé, un dernier recours. Il contient souvent la trace d’un appel qui n’a jamais trouvé d’interlocuteur.
La subjectivité n’est ni simple ni fluide
Parfois, elle hurle. Parfois, elle s’éteint. Elle se plie à des injonctions, elle répète des histoires, elle se construit dans des nœuds que personne ne peut trancher à sa place. Travailler avec la subjectivité, ce n’est pas favoriser l’expression de soi : c’est accueillir ce qui résiste à toute transparence.
Un sujet ne se raconte pas : il se dit, il se cherche, il cherche à se dire, il se bute, il se rejoue. Et il faut parfois du temps, de l’égarement, de l’aridité, pour qu’un sens se dessine.
Le lien est toujours en jeu
Ce qui se passe en séance ne se limite pas à ce qui est dit. Il y a des regards évités, des silences denses, des accélérations soudaines, des moments où la parole devient coupante, ou trop polie. J’y suis attentif. Pas pour analyser tout, mais pour repérer ce qui se rejoue, ce qui se déplace, ce qui se fige.
L’espace thérapeutique est une scène relationnelle. Le sujet s’y expose, mais s’y protège aussi. Et c’est ce mouvement-là — toujours fragile — que j’essaie de soutenir.
Rien n’est neutre
Je n’écoute pas depuis nulle part. J’écoute depuis une position : une éthique, une langue, une histoire. Je m’y engage, sans me mettre au centre. Mon rôle n’est pas de comprendre, mais de rendre possible une adresse. Une parole qui ne s’ajuste pas au cadre, mais qui parfois l’ouvre, le fissure, le travaille.
Il m’arrive de ne pas savoir. De rester longtemps dans le non-savoir, sans chercher à combler. Car c’est parfois là, dans ce vide tenu, que quelque chose peut advenir.
La radicalité d’une écoute sans clôture
Je n’attends pas de transformation visible. Je ne cherche pas d’issue spectaculaire. Je soutiens une élaboration. Un tissage. Un dégagement. Même minime, même inachevé.
Il n’y a pas de “bon patient”. Il y a des tentatives, des replis, des moments d’accroche, des décrochages. Le travail thérapeutique ne produit pas du changement. Il produit de la traversée.