Quand l’équipe ne s’entend plus sur le mot “accueillir”

1. Situation

Une réunion de supervision débute dans un climat tendu. L’équipe est composée d’éducateurs spécialisés, d’un psychologue, d’un coordinateur. Il y a eu récemment un incident : une jeune résidente a tenu des propos violents. Certains professionnels ont réagi vivement, d’autres sont restés silencieux. L’un dit : « On doit poser un cadre clair, sinon on n’est plus crédibles. » Un autre répond : « Mais si on cadre trop, on étouffe. » Le mot « accueillir » devient le centre du désaccord. Que veut-il dire, pour chacun ?

2. Développement réflexif

Ce désaccord n’est pas anecdotique. Il touche à la fonction même de l’équipe. « Accueillir », dans ces métiers, n’est pas un geste spontané, c’est un acte travaillé. Pour certains, il suppose la disponibilité affective. Pour d’autres, il s’incarne dans la constance d’un cadre. Et parfois, ces visions entrent en collision.

Ce type de scène révèle une chose essentielle : l’équipe n’est pas unifiée par ses méthodes, mais par sa capacité à élaborer ses désaccords. Le superviseur n’a pas à arbitrer, mais à permettre que chacun puisse mettre en mots ce qu’il engage, ce qu’il craint, ce qu’il défend derrière sa posture.

Il arrive que sous des tensions de façade se nichent des blessures professionnelles : la peur d’être dépassé, l’épuisement, le sentiment d’impuissance. Le mot « accueillir » devient alors le réceptacle d’un conflit plus large sur le sens du soin, du lien, de la limite.

3. Mise en perspective clinique et éthique

Superviser, ce n’est pas redonner des outils, c’est redonner du langage. C’est restaurer la possibilité de penser ensemble. Car une équipe qui ne pense plus ensemble devient une juxtaposition d’intervenants isolés.

Il est parfois nécessaire de ralentir, d’accepter de ne pas résoudre, pour permettre au groupe de retrouver un geste collectif. Cela suppose de tolérer la complexité, de soutenir les zones grises, et d’accepter que le conflit, lorsqu’il est travaillé, est une force de vie pour l’institution.

4. Conclusion ouverte

L’enjeu n’est pas l’unanimité. L’enjeu est la capacité à rester en lien malgré les divergences. Il n’y a pas toujours de réconciliation, mais il peut y avoir reconnaissance mutuelle du travail engagé. Et cela peut suffire à relancer un mouvement.

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Par Dominique Theys

Psychothérapeute, superviseur et formateur, j’ai exercé durant plus de quarante ans dans le champ de la santé mentale, tant en cabinet privé qu’en institution. Mon orientation clinique est analytique, contextuelle et éthique, ancrée dans une écoute active du sujet et du lien. Ce blog partage des vignettes cliniques fictives, des échos de la supervision, et des fragments d’une pratique fondée sur l’adresse.

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