Claire, 38 ans – Quand tout fonctionne, sauf l’essentiel

Claire est cadre supérieure dans une entreprise reconnue. Mère de deux enfants, mariée, sans problème majeur apparent. Tout va bien, dit-elle. Pourtant, elle est là, dans mon cabinet, et elle dit ne plus rien ressentir. « Je fais tout ce qu’il faut, mais je ne sais plus à quoi ça sert. Je suis en train de m’éteindre doucement. »

La souffrance de Claire n’est pas spectaculaire. Elle n’a pas de nom clair, pas de symptôme manifeste. Elle est de l’ordre de l’érosion. Ce sont les jours qui s’empilent, sans saveur. L’impression d’être fonctionnelle, mais absente à soi.

Ce type de demande est souvent piégée : socialement, tout fonctionne. Mais c’est justement cela qui inquiète. Il n’y a pas de conflit visible, mais un sentiment profond de désaccord intime. Une dissociation entre ce que l’on fait et ce que l’on vit.

Le travail avec Claire ne vise pas à « trouver ce qui ne va pas », mais à rétablir une continuité sensible entre sa vie extérieure et son ressenti interne. C’est une thérapeutique de la réconciliation à bas bruit. Un déplacement lent, discret, mais profond.

Il s’agit de lui permettre de redevenir l’adresse de sa propre parole. D’être habitée par ce qu’elle fait, ou de pouvoir dire non à ce qui ne l’habite plus. Ce n’est pas une crise, c’est une absence de conflit qui, paradoxalement, devient le cœur du travail.

Claire ne vient pas pour changer de vie. Elle vient pour pouvoir y être. Avec un peu plus de souffle, un peu plus de justesse, un peu moins d’écart entre ce qu’elle vit et ce qu’elle ressent.

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Par Dominique Theys

Psychothérapeute, superviseur et formateur, j’ai exercé durant plus de quarante ans dans le champ de la santé mentale, tant en cabinet privé qu’en institution. Mon orientation clinique est analytique, contextuelle et éthique, ancrée dans une écoute active du sujet et du lien. Ce blog partage des vignettes cliniques fictives, des échos de la supervision, et des fragments d’une pratique fondée sur l’adresse.

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