corps séparés face au tiers la parole
fend l'air s'écrase contre le mur d'un silence
plus ancien que leurs mains
la chambre blanche lieu de l'écart
où les mots de l'une deviennent poussière
tandis que le mutisme de l'autre creuse
son propre abîme
elle parle jusqu'à la blessure vocabulaire des nerfs
l'excès même comme une suffocation
comme un naufrage
lui ailleurs dans sa propre absence
la géographie intacte du non-dit
comme une falaise qui se tait dans la tempête
entre eux non pas un vide mais le trop-plein
de ce qui ne parvient pas
à traverser l'épaisseur
de la peau commune
ils ne se quittent pas enchaînés par leurs solitudes
jumelles leurs cécités complémentaires
ils cherchent un langage
non pas la réconciliation illusoire
mais l'habitabilité de la fracture
de la béance fondatrice
la main qui écrit cela
ne sait rien d'eux sinon la faille
qui traverse tous les corps
tous les liens
la nuit dans la chambre leurs corps
comme deux versants séparés d'une même montagne
cherchent
à dire
autrement
ce que la bouche
ne sait
prononcer