L’angoisse n’est pas sans objet, mais son objet est d’une nature particulière : c’est l’objet a, ce reste irréductible qui échappe à la symbolisation. Lorsque cet objet se manifeste trop près, lorsque le sujet est confronté à la présence excessive de ce qui devrait rester voilé, l’angoisse surgit comme signal d’un réel qui fait effraction.
Auteur : Dominique Theys
Psychothérapeute, superviseur et formateur, j’ai exercé durant plus de quarante ans dans le champ de la santé mentale, tant en cabinet privé qu’en institution.
Mon orientation clinique est analytique, contextuelle et éthique, ancrée dans une écoute active du sujet et du lien.
Ce blog partage des vignettes cliniques fictives, des échos de la supervision, et des fragments d’une pratique fondée sur l’adresse.
Quand l’autre prend toute la place — clinique de l’emprise
L’emprise, ce n’est pas seulement être sous l’influence d’un·e autre. C’est la perte progressive de l’espace intérieur, grignoté par une parole dominante. Ce texte explore la clinique de ces relations silencieusement captatrices, et le rôle de l’écoute dans la réhabilitation d’un sujet pensant.
La Marchandisation du manque
Aujourd’hui j’ai rencontré mon désir Il était assis dans une salle d’attente Numéro matricule en main Patient comme un bon client. On lui avait coupé les griffes Et lavé son odeur de fauve On l’avait parfumé de slogans Et il souriait béatement Avec des dents publicitaires. Je ne l’ai pas reconnu. Ils ont multiplié les… Lire la suite La Marchandisation du manque
“Ceux qui pensent comme moi, je ne les ai jamais rencontrés”
Il s’interrompt, regarde autour de lui, et dit : “Vous ne prenez pas de notes. C’est bizarre. J’ai toujours été celui qu’on notait.” Il ne dit pas ça avec reproche. Plutôt avec surprise. Comme s’il attendait un geste familier, un signe qu’on l’observe, qu’on le consigne, qu’on le cadre. Depuis l’école, on lui a dit… Lire la suite “Ceux qui pensent comme moi, je ne les ai jamais rencontrés”
Léa et Jérôme – Quand le couple cherche sa propre langue
Ils s’assoient, l’un après l’autre. Léa parle tout de suite. Jérôme regarde ailleurs. Elle dit qu’elle n’en peut plus, qu’il ne parle jamais, qu’elle a l’impression d’être seule à deux. Il dit qu’il ne voit pas le problème. Le ton monte, mais surtout entre les lignes. Le non-dit règne. Dans beaucoup de consultations de couple,… Lire la suite Léa et Jérôme – Quand le couple cherche sa propre langue
Claire, 38 ans – Quand tout fonctionne, sauf l’essentiel
Claire est cadre supérieure dans une entreprise reconnue. Mère de deux enfants, mariée, sans problème majeur apparent. Tout va bien, dit-elle. Pourtant, elle est là, dans mon cabinet, et elle dit ne plus rien ressentir. « Je fais tout ce qu’il faut, mais je ne sais plus à quoi ça sert. Je suis en train de… Lire la suite Claire, 38 ans – Quand tout fonctionne, sauf l’essentiel
Le Capitalisme au Prisme du Désir et de l’Angoisse: Une Lecture Lacanienne
Le capitalisme opère une confusion systématique entre les registres du besoin, de l’envie et du désir. Si le besoin peut être satisfait par un objet et l’envie par la possession de ce que l’autre possède, le désir, lui, ne saurait trouver de satisfaction dans aucun objet marchand. Pourtant, comme le souligne Roland Chemama dans La Jouissance, enjeux et paradoxes : « Le génie du capitalisme est d’avoir su transformer le désir inconscient en demande explicite, réduisant ainsi la dimension transcendante du désir à une simple logique d’acquisition ».
La métabolisation institutionnelle d’une parole énigmatique :
Ce texte explore les dimensions éthiques et cliniques du travail institutionnel en psychanalyse, à travers l’analyse d’une situation de supervision. Il montre comment une institution peut métaboliser collectivement une parole énigmatique d’enfant, en évitant tant l’écueil de la précipitation que celui de l’inertie.
Quand le savoir empêche de sentir
Samuel est un jeune homme brillant. Il vient de terminer un double master, travaille dans la recherche, parle vite, analyse tout. Sa compagne l’a quitté récemment. Il dit : “Je sais pourquoi, je suis invivable.” Il ne pleure pas. Il démonte la scène, la relation, les effets. Mais il ne s’adresse pas. Il commente. Samuel… Lire la suite Quand le savoir empêche de sentir
La Faille Habitée
corps séparés face au tiers la parolefend l’air s’écrase contre le mur d’un silenceplus ancien que leurs mains la chambre blanche lieu de l’écartoù les mots de l’une deviennent poussièretandis que le mutisme de l’autre creuse son propre abîmeelle parle jusqu’à la blessure vocabulaire des nerfsl’excès même comme une suffocation comme un naufragelui ailleurs dans… Lire la suite La Faille Habitée